Le topo est simple : notre développement a engendré environ 250 000 tonnes de déchets radioactifs dans le monde. Cette énergie miracle, ce feu que l’on ne sait éteindre pose donc clairement le problème du traitement de ses ordures… C’est alors que des scientifiques finlandais ont eu une idée révolutionnaire : les enfouir au fond d’un sanctuaire situé en Finlande.
Into eternity, documentaire aux faux airs de film de sci-fi, présente donc ce projet ambitieux, censé apporter une solution à la poubelle du nucléaire. Le réalisateur, Michael Madsen, y dresse donc le portrait d’Onkalo, cette cachette à déchets nucléaires dont la construction a commencé dans les années 70 et ne s’achèvera que d’ici deux siècles environ. Se faisant, le réalisateur livre un film pédagogico-philosophique, censé résister aux affres du temps et s’adresser aux lointains descendants de l’espèce humaine – si tant est qu’il en existe alors encore. Sur l’affiche du documentaire, il est d’ailleurs écrit « un film pour le futur ». Mais ce documentaire a un intérêt actuel : nous questionner sur notre rapport au temps, nos connaissances, notre capacité à anticiper et à accepter l’incertitude…
Car voilà, Onkalo la cachette est prévue pour résister 100 000 ans -soit le temps nécessaire pour rendre inoffensifs les déchets stockés- sans intrusion quelle qu’elle soit. D’où l’intérêt d’avertir cette civilisation future dont nous ne savons rien, pas même si elle existera réellement, sur la dangerosité d’ouvrir cette boîte de Pandore moderne.
Un long tunnel…
Onkalo se composera d’un tunnel long de 5 kilomètres, s’enfonçant à près de 500 mètres de profondeur dans le sol finlandais.

The schematic of the high-active radioactive waste which is being built at Olkiluoto, Finland. Shows the situation on 28 March 2008
Selon les scientifiques finlandais qui travaillent sur le projet, c’est la seule manière de rendre Onkalo viable. En effet, le sous-sol de notre planète reste l’environnement le plus stable en comparaison à sa surface qui a été ébranlée de multiples fois par des évènements climatiques, deux guerres mondiales, des attentats terroristes, ou tout simplement les cycles naturels.
Une expérience qui dépasse l’entendement
L’échelle temporelle prise en compte va au-delà de tout ce que nous connaissons ou pouvons imaginer. En effet, la durée de vie des plus vieilles réalisations humaines connues ne représente qu’un dixième de celle théoriquement prévue pour Onkalo.
De plus, les scientifiques pointent du doigt le fait que cette période de 100 000 ans comprendra une ère glaciaire qui détruira la faune et la flore que nous connaissons. Et c’est là qu’il apparaît que l’expérience n’est pas qu’une histoire de scientifiques désireux d’enfouir leur passé nucléaire, mais aussi une incroyable aventure philosophique dont les multiples scénarios font penser à tant de romans d’anticipation. Car comment savoir quelle sera la réaction de cette potentielle civilisation susceptible de s’introduire dans Onkalo ? Nous ne pouvons rien savoir de son degré de développement, de la langue qu’elle utilisera pour communiquer, de son capital technologique, ni de la connaissance qu’elle aura.
« Remember always to forget »
Pour les scientifiques, cette civilisation serait donc la principale menace à la sécurité du sanctuaire. Tous s’accordent sur la possibilité d’un désir de pénétrer le tunnel, croyant y trouver un trésor caché – comme ce fut le cas concernant les pyramides égyptiennes. Si la possibilité d’une intrusion est grande pour les scientifiques, la raison qui y aura poussé reste la grande inconnue.
Deux écoles de pensées s’affrontent alors concernant la gestion de cette éventualité : ceux qui pensent qu’il faut marquer le site pour expliquer sa dangerosité, et ainsi faire exister cette prescription contre la menace en l’érigeant en légende. On réfléchit donc à des pictogrammes, des façons de repousser l’intrus, et de tenter de lui faire comprendre que ce qu’Onkalo renferme, il ne faut pas s’en approcher. Les chercheurs veulent donc s’inspirer du célèbre tableau d’Edvard Munch, Le Cri, qui est selon eux universel. Certains pensent également à recouvrir le sol d’un paysage d’épines, symbole de danger et de désolation. Mais les choses gardent-elles le même sens au fil des ans ?
D’autres pensent au contraire qu’il faudrait livrer le site à l’oubli, la meilleure façon selon eux d’éviter toute intrusion. Car un danger, même marqué peut rester attrayant, et même ce qui est dangereux peut avoir une certaine valeur.
Into Eternity mêle le scientifique au philosophique et montre les limites de notre civilisation. Peut-on calculer si loin dans le temps ? Onkalo sera-t-elle une véritable cachette, ou alors est- elle au contraire une bombe à retardement ?
Camille Cordonnier
