Le monde de l’agriculture est aujourd’hui confronté à un défi colossal. En effet, le réchauffement climatique a non seulement durement touché la production mondiale, mais il a en plus entrainé une augmentation des prix d’environ 20% en quelques dizaines d’années. L’augmentation globale des températures est un premier aspect de ce problème, un autre aspect étant les récents évènements climatiques (sécheresses en Russie et inondations en Australie, par exemple). Une étude publiée dans le journal Science montre comment le réchauffement climatique a influencé les récoltes annuelles de la plupart des pays producteurs entre 1980 et 2008.
Avec par exemple des récoltes de blé en moyenne inférieures de 33 millions de tonnes (5,5%) à ce qu’on aurait récolté si le climat ne s’était pas réchauffé, il apparait donc nécessaire d’adapter les pratiques agricoles actuelles à un monde plus « chaud ». L’agriculture comme on la connait aujourd’hui est le résultat d’une évolution sur 11 000 ans. Mais cette évolution s’est faite dans des conditions climatiques relativement stables. Seulement, les conditions climatiques ne sont plus stables de nos jours, et notre faible connaissance du futur (climatique) rend toute adaptation difficile pour le moment. Il est pourtant indispensable d’adapter nos pratiques agricoles, pour s’assurer que l’augmentation de la demande (tirée par l’augmentation globale de la population) soit compensée par une augmentation de la production. Si nous n’y arrivons pas, les prix alimentaires risquent d’augmenter très rapidement, excluant inévitablement les populations les plus pauvres.
Cette année, les prix alimentaires ont atteint de nouveaux records et sont également responsables de tensions au Moyen-Orient et en Afrique. Un facteur important est la demande toujours croissante en viande dans les pays riches. Or, un seul kilo de viande est obtenu en utilisant plusieurs kilos de céréales. Au fur et à mesure que les pays s’enrichissent, et que leur population change d’habitude alimentaire, ce sont de nombreuses autres populations pauvres qui sont alors exclues du marché alimentaire. L’utilisation de céréales pour la production de biocarburants constitue un problème similaire. L’étude précise également que le coût économique de l’impact du réchauffement climatique sur les récoltes mondiales serait particulièrement élevé.
Adapter l’agriculture afin de faire face au réchauffement climatique est donc un défi majeur. Pour l’instant, trop peu d’investissements ont été réalisés, et la qualité des sols des nouvelles régions exploitables (dans des zones moins chaudes) est souvent pauvre. Développer de nouvelles variétés de céréales, plus résistantes à la chaleur, grâce à la biotechnologie, est une possibilité, même si son potentiel reste encore assez incertain. Ce qui est sûr, c’est que les efforts faits dans les 20 prochaines années seront déterminants.
Julien Revest.

