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Le défi agricole

Dimanche, mai 8th, 2011

Le monde de l’agriculture est aujourd’hui confronté à un défi colossal. En effet, le réchauffement climatique a non seulement durement touché la production mondiale, mais il a en plus entrainé une augmentation des prix d’environ 20% en quelques dizaines d’années. L’augmentation globale des températures est un premier aspect de ce problème, un autre aspect étant les récents évènements climatiques (sécheresses en Russie et inondations en Australie, par exemple). Une étude publiée dans le journal Science montre comment le réchauffement climatique a influencé les récoltes annuelles de la plupart des pays producteurs entre 1980 et 2008.

Source: The Guardian

Avec par exemple des récoltes de blé en moyenne inférieures de 33 millions de tonnes (5,5%) à ce qu’on aurait récolté si le climat ne s’était pas réchauffé, il apparait donc nécessaire d’adapter les pratiques agricoles actuelles à un monde plus « chaud ». L’agriculture comme on la connait aujourd’hui est le résultat d’une évolution sur 11 000 ans. Mais cette évolution s’est faite dans des conditions climatiques relativement stables. Seulement, les conditions climatiques ne sont plus stables de nos jours, et notre faible connaissance du futur (climatique) rend toute adaptation difficile pour le moment. Il est pourtant indispensable d’adapter nos pratiques agricoles, pour s’assurer que l’augmentation de la demande (tirée par l’augmentation globale de la population) soit compensée par une augmentation de la production. Si nous n’y arrivons pas, les prix alimentaires risquent d’augmenter très rapidement, excluant inévitablement les populations les plus pauvres.

Cette année, les prix alimentaires ont atteint de nouveaux records et sont également responsables de tensions au Moyen-Orient et en Afrique. Un facteur important est la demande toujours croissante en viande dans les pays riches. Or, un seul kilo de viande est obtenu en utilisant plusieurs kilos de céréales. Au fur et à mesure que les pays s’enrichissent, et que leur population change d’habitude alimentaire, ce sont de nombreuses autres populations pauvres qui sont alors exclues du marché alimentaire. L’utilisation de céréales pour la production de biocarburants constitue un problème similaire. L’étude précise également que le coût économique de l’impact du réchauffement climatique sur les récoltes mondiales serait particulièrement élevé.

Adapter l’agriculture afin de faire face au réchauffement climatique est donc un défi majeur. Pour l’instant, trop peu d’investissements ont été réalisés, et la qualité des sols des nouvelles régions exploitables (dans des zones moins chaudes) est souvent pauvre. Développer de nouvelles variétés de céréales, plus résistantes à la chaleur, grâce à la biotechnologie, est une possibilité, même si son potentiel reste encore assez incertain. Ce qui est sûr, c’est que les efforts faits dans les 20 prochaines années seront déterminants.

Julien Revest.

Des niveaux sans précédent pour les prix alimentaires mondiaux

Jeudi, janvier 6th, 2011

Les niveaux record de juin 2008 qui avaient déclenché des émeutes un peu partout dans le monde (notamment en Haïti et au Cameroun), ont été dépassés le mois dernier. La forte augmentation des prix de produits tels que le sucre, les céréales ou encore les oléagineux a en effet entrainé une hausse de l’indice des prix alimentaires des Nations Unies, ce dernier dépassant donc en décembre 2010 le niveau de juin 2008.

Cet indice, créé en 1990, suit chaque mois les évolutions du prix d’un panier de céréales, oléagineux, produits laitiers, sucre ou viande. Et ce qui inquiète, c’est surtout que le phénomène (l’augmentation des prix donc) dure puisque l’indice a été en constante augmentation sur les six derniers mois. Pour détailler un peu plus, les prix du sucre et de la viande ont déjà atteint des niveaux record, tandis que ceux des céréales sont au même niveau qu’en 2008.

Abdolreza Abbassian, économiste au Food and Agriculture Organisation (FAO) des Nations Unies, estime que nous sommes en train d’atteindre un niveau particulièrement dangereux. Et même si nous sommes encore loin, selon lui, de la situation de 2008, il est largement possible que les prix continuent d’augmenter et que celle-ci se détériore encore un peu plus. La faute à des évènements aussi divers qu’éloignés, comme une sécheresse éventuelle en Argentine (le pays connaissant à l’heure actuelle des conditions climatiques très arides), des inondations en Australie, et des conditions climatiques rigoureuses dans l’hémisphère nord. Les inondations en Australie par exemple peuvent fortement affecter le prix de marchandises comme le sucre ou le blé. Or, l’Australie est le quatrième exportateur mondial de blé.

Un dernier élément qui ne joue pas en faveur d’une éventuelle baisse des prix : la demande toujours plus importante de la part des pays émergents comme la Chine et l’Inde.

Pourtant, de nombreux observateurs s’attendaient à voir les prix baisser, notamment grâce aux bonnes récoltes des pays pauvres au cours de l’année dernière. Mais les mauvaises récoltes de blé en Russie ont complètement modifié la situation. Résultat : le prix du blé en Europe a doublé, et aux Etats-Unis le prix du maïs a augmenté de plus de 50%, tandis que celui du soja a augmenté de plus de 30%.

Abbassian a également minimisé le risque éventuel d’émeutes liées à l’augmentation des prix alimentaires, comme ça avait été le cas en 2008. En effet, la situation à l’époque était sensiblement différente puisque l’on avait en même temps une hausse des prix du pétrole (145 dollars le baril maximum, en Juillet 2008). Aujourd’hui, le baril est à 95 dollars environ, et même si les prévisions envisagent un chiffre proche des 100 dollars pour les mois à venir, nous sommes encore loin du chiffre de Juillet 2008. En plus de cela, les récoltes en Afrique sont relativement bonnes cette année, contrairement à 2008.

Cependant, les économistes restent sur leur garde. Selon certains, si la tendance demeure inchangée pendant encore deux ou trois mois, on risque d’être rapidement confronté à des effets inflationnistes et à de nouvelles tensions dans les pays les plus pauvres. La pression sur l’inflation serait même plus forte que lors de la flambée de prix du pétrole il y a deux ans…

Julien Revest