Vous êtes peut être familiers avec cette expression très utilisée chez nos voisins britanniques : « Nimby », soit l’acronyme de Not In My Back Yard, qui trouve son origine aux Etats-Unis. Elle désigne une position éthique et politique qui défend l’interdiction ferme d’installer, entre autres, des champs d’éoliennes à proximité d’habitations, au nom du respect de la beauté du paysage et de la « qualité de vie ».
Mais ce lobbying anti-éolien semble battre de l’aile, comme le montre le développement toujours plus important en Europe de ces grands oiseaux blancs dans nos campagnes et sur nos mers.
Alors que nos voisins d’outre-manche sont les leaders européens sur la question de l’éolien off-shore, la France accuse un sacré retard concernant le développement de cette énergie propre. En effet, le Royaume-Uni, région la plus venteuse d’Europe, a inauguré en septembre 2010 la plus grande ferme éolienne off-shore du monde. Cette dernière se situe non loin de la côte du Kent, et compte pas moins de 100 turbines, pouvant générer jusqu’à 300 mégawatts d’énergie, soit assez pour alimenter 200,000 foyers en électricité. Le Danemark compte quant à lui 850 turbines off-shore, et la Belgique fait également figure de précurseur puisqu’elle avait franchi le cap en installant un champ d’éoliennes au large du port de Zeebrugge, dès 1986.
Nicolas Sarkozy s’est donc décidé à emboiter le pas à ses homologues européens, puisqu’il va lancer ce mardi un appel à projets concernant la construction d’un champ éolien off-shore, le premier en France. Ce projet, prévu pour être opérationnel en 2015 devrait concerner cinq sites potentiels : Saint-Nazaire et le Tréport (Seine-Maritime), Fécamp (Seine-Maritime), Courseulles-sur-Mer (Calvados) et Saint-Brieuc. Ce projet ambitieux signerait donc le débuts de l’éolien off-shore en France et permettrait de redonner de la vigueur au Grenelle de l’Environnement qui s’était vite essouflé. A terme, l’objectif est d’arriver à un total de 23% de la production d’électricité grâce aux énergies renouvelables.
Et cela pourrait payer, puisque selon un rapport de l’Association Environnementale Greenpeace intitulé « la bataille des réseaux », publié en 2011, les énergies renouvelables pourraient assurer 68% et 99,5% des besoins en électricité de l’Union Européenne d’ici 2030 puis 2050, si le nucléaire perdait son accès prioritaire. En effet, alors que certaines éoliennes sont en période de pointe de production, elles sont très souvent arrêtées pour laisser place à l’énergie produite par les centrales nucléaires et thermiques, plus difficiles voire impossible à stopper –les centrales fonctionnant au charbon, notamment.
Ce qui échaude les gouvernements ? Le coût d’un tel changement : 70 milliards d’euros d’investissement seraient nécessaires d’ici à 2030, auxquels s’ajouteraient une note de 28 milliards d’euros afin de continuer le développement des infrastructures pour atteindre les objectifs de 99,5% de production d’électricité venant d’énergies propres pour 2050.
Mais en Europe, on a bien compris l’impératif de se mettre au diapason concernant l’éolien, et ce dernier a résolument le vent en poupe!
Camille Cordonnier
