Récemment, divers rapports (dont The European environment – state and outlook 2010: synthesis, publié par l’Agence Européenne pour l’Environnement) ont mis en avant les dangers que pouvait constituer pour l’environnement une relance de l’économie. Car si la crise qui touche le globe depuis 2008 a entrainée une baisse des émissions mondiales de CO2, la reprise économique, encore timide en Europe et incertaine aux Etats-Unis, risque d’affaiblir considérablement notre volonté de nous tourner vers des modes de vie plus durables. Comme notre économie, la façon dont nous vivons actuellement n’est pas adaptée aux challenges engendrés par le réchauffement climatique. Ecoblogique revient en 6 points sur les raisons qui font qu’il est impératif de changer nos habitudes en matière de consommation.
- Dans la plupart des pays européens, la population augmente progressivement, du fait de vagues d’immigrations qui viennent contrebalancer le déclin relatif de sa population « autochtone ». Ceci entraine une demande toujours plus forte en termes d’habitat, et une bonne part de la population souhaite également agrandir leur foyer actuel. Les espaces naturels se retrouvent donc menacés par cette pression immobilière. Un plus grand nombre de personnes peut également poser des problèmes au niveau des ressources nationales en eau.
- La population urbaine tend également à se densifier. En ville, la nature est malheureusement souvent peu représentée. Certains rapports indiquent que ce manque de contact avec la nature peut entrainer le risque de voir la population se désintéresser des questions environnementales. De plus, cette tendance pourrait se vérifier surtout auprès des jeunes, qui constituent peut-être le segment de la population le plus important quand on parle d’environnement, en leur qualité d’ « acteurs de demain »et surtout de génération clé.
- Beaucoup de pays européens se tournent vers les pays émergents en ce qui concerne la production de biens de consommation, afin de répondre à la demande de leurs propres consommateurs. Si la pollution et les impacts environnementaux qui en découlent ne viennent pas polluer le sol national, ils ont quand même une répercussion sur la pollution globale de la planète. (voir l’article sur la délocalisation de la pollution, précédemment publié)
- De récentes études, comme celles du GIEC, ont pu anticiper les effets du réchauffement climatique sur la météo de demain. Selon ces études, en 2050, la température au Royaume-Uni en été sera de 2,5°C supérieure à aujourd’hui. Il y aura également plus de pluies en hiver (celles-ci seront plus violentes encore), plus de sécheresses en été et les océans seront plus acides qu’à l’heure actuelle (menaçant donc la pérennité de plusieurs formes de vies aquatiques). Les scientifiques et intellectuels prédisent également la mort du Gulf Stream, ce courant chaud qui vient adoucir les températures dans toute l’Europe. Dans Portrait du Gulf Stream, Erik Orsenna revient d’ailleurs sur cette tragédie annoncée, qui fera entrer le Vieux Continent dans une période de glaciation.
- Il est également important de parler des transports. Au Royaume-Uni par exemple, on peut d’abord constater que le prix des transports en commun (métro, bus…) a augmenté ces dernières années. Difficile dans ces conditions d’inciter les gens à laisser leur voiture au garage pour se rendre au travail. De plus, le nombre de passagers utilisant les différents aéroports du pays a quadruplé en l’espace de 30 ans. L’utilisation de la voiture est aussi en hausse, malgré le peu d’évolution constaté au niveau des prix.L’abandon de l’idée d’un « pass Navigo » à prix unique en région parisienne, qui aurait été une incitation à prendre les transports pour ceux qui habitent le plus loin de Paris, ne vient pas arranger les choses.
- L’Union européenne n’a pas atteint ses objectifs en matière de protection de la biodiversité. La faute à une utilisation toujours plus intensive de la terre, à une baisse du nombre de surfaces naturelles et à la surpêche. En Mars 2010, la Commission Européenne acceptait la mise sur le marché de la pomme de terre génétiquement modifiée Amflora, mise au point par BASF. Cette décision montre que l’UE n’a que faire du principe de précaution.
De plus, l’utilisation en France du produit phytosanitaire « Protéus » sur les Grandes Culture menace les abeilles. Il décimerait en effet le cheptel apicole français et mènerait à la progressive disparition de ces sentinelles de la biodiversité. Il parait donc nécessaire de rappeler ce qu’Albert Einstein prophétisait à propos de ces précieux insectes – « Si l’abeille venait à disparaître, l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre ».Nous consommons beaucoup trop de ressources naturelles, et cela perturbe l’équilibre écologique.
La crise économique de 2008 a été un moyen de faire passer à la trappe les préoccupations écologiques mises en avant par certains. Parce que cela coûterait trop cher, et qu’en période de crise il fallait aller à l’essentiel. Nous, on avait une autre vision de cet « essentiel »…
La reprise aurait pu permettre de repartir sur des bases plus saines, mais les belles paroles semblent vite oubliées. Moraliser le capitalisme ? Laisser un peu plus respirer la planète ? Et bien non, on prend les mêmes et on recommence, car ses jolies suggestions tenaient plus de l’entreprise de relation publique que de réelles préoccupations. C’est la « théorie du choc » dont parle Naomi Klein dans son livre La stratégie du choc, la montée d’un capitalisme du désastre.Car ce « capitalisme du désastre » s’est retrouvé renforcé après le « choc » de 2008, et les micro-secousses qui s’en suivirent.
A quand le prochain Choc, et la chute ?
Camille Cordonnier // Julien Revest.