L’augmentation progressive du prix du charbon et les décisions étatiques en matière de politique énergétique ont contribué à l’essor des énergies renouvelables en Chine. Le solaire fait désormais parti des priorités pour un gouvernement qui a fixé à 10 % la part de cette source d’énergie dans le bilan total de la consommation énergétique chinoise d’ici 2030. Une décision qui soulève plusieurs questions quand on sait que la Chine cumule la médaille d’or de premier pays producteur de mondial de panneaux, et celle de pays le plus polluant…
Aujourd’hui, la Chine est le premier producteur mondial de panneaux solaires, et elle produit également plus de la moitié des cellules photovoltaïques vendues à travers le monde. Et le pays continue même d’accélérer, et consomme de plus en plus d’énergie propre sur son territoire. En effet, le marché domestique du photovoltaïque a connu une augmentation de 50 % en 2008 et une maison sur dix possède également un système d’eau chaude basé sur les principes de l’énergie solaire.
Réduire les pollutions et répondre aux enjeux énergétiques
Les enjeux de cette source d’énergie sont multiples. Tout d’abord, il s’agit de tenter de réduire la pollution, immensément élevée dans certaines parties du pays. Ensuite, l’objectif du gouvernement chinois serait de réduire la dépendance aux importations, notamment en ce qui concerne le pétrole et le gaz. Pour finir, le charbon est encore bien trop présent dans la consommation énergétique globale du pays (70 %). Mais la Chine cumule plusieurs avantages qui lui permettraient de répondre efficacement à ces enjeux.
Le pays a tout d’abord une capacité de production non seulement considérable, mais également peu coûteuse. De plus, trouver de la place pour développer les énergies renouvelables ne pose pas de réel problème : l’immensité géographique du pays et particulièrement les longues plaines de Mongolie intérieure lui permet en effet de construire presque sans contraintes des centrales et des parcs à éoliennes.
Des investissements pharaoniques
À Wuhai, ville de Mongolie intérieure, se trouve la dernière trouvaille des ingénieurs chinois. Ces derniers ont mis au point la première centrale électrique qui combine à la fois la production d’énergie solaire et éolienne. Cette centrale peut produire près de 400 000 kWh par an, en utilisant 100 tonnes de charbon et 900 tonnes d’eau en moins que les centrales thermiques traditionnelles.
Ce genre de projet, très prometteur, nécessite un budget de 140 millions d’euros. Une somme qui semble finalement presque dérisoire quand on considère l’enveloppe de 300 milliards d’euros mise à disposition par le gouvernement chinois pour le développement des énergies renouvelables. Évidemment, l’objectif est de multiplier l’implantation de centrales de ce type. Le désert de Gobi, d’une superficie de deux milliards et demie d’hectares sera mis à contribution, puisque 227 hectares seront occupés par ces centrales. De plus, l’efficacité sera d’autant plus grande que ces dernières se situeront sur un terrain dont le sable capte la chaleur et accumule de l’énergie ! Un véritable avantage géologique pour la Chine donc.
Un secteur très lucratif
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’au-delà de ce projet, près d’une centaine d’autres sont lancés parallèlement, à travers tout le pays (certains chercheurs travaillent entre autres sur le photovoltaïque de 3ème générations). La Chine a donc là un énorme potentiel en matière d’énergie solaire.
De plus, il s’agit d’un secteur très lucratif. L’industrie du photovoltaïque par exemple a connu en seulement un an une augmentation de 74 % de son chiffre d’affaires, qui culmine désormais à 14 milliards d’euros. Et dans ce domaine, la Chine récupère la majeure partie des bénéfices (huit des douze plus gros producteurs de cellules photovoltaïques sont chinois ou taïwanais).
Ce plan stratégique et les investissements que reçoit le secteur de l’énergie solaire provoquent néanmoins des réactions de mécontentement de la part de plusieurs pays. Cette aide massive du gouvernement chinois est vue à Washington comme un protectionnisme excessif (l’aide chinoise étant utilisée pour acheter quasiment exclusivement du matériel chinois) et une tentative d’interdire l’accès au marché des technologies vertes aux Américains. La Chine vient d’ailleurs de rejeter une plainte antidumping américaine, expliquant qu’elle menaçait d’entraver le développement des énergies vertes.
Julien Revest


