Et si on parlait pêche à la baleine ? Petite discussion avec des japonais pour évoquer cette question brûlante.
En cours de « Politique japonaise », j’évoque les récentes accusations de corruption formulées contre le Japon ( voir article « Attention Nihon »). Peu de réaction de la part de la classe composée à 70% de natifs (japonais). On me répond qu’aucun Media n’en a fait mention. Tabou ? Liens trop étroits avec le pouvoir ? Non, selon l’un de mes interlocuteurs, ce ne serait tout simplement pas assez vendeur… La vraie réponse réside ailleurs. Au Japon, on ne parle pas de cette pêche qui fait pourtant un sacré bruit partout ailleurs et surtout écorche la fierté nippone. Mon professeur m’avoue ensuite être en faveur des quotas de pêche actuellement en discussion à Agadir. Son argument ? » Cela coûtera moins cher au gouvernement si une industrie s’en charge ». Je n’en reviens pas. Le grand paradoxe de cette question est que les intérêts personnels sont plus importants que les baleines, pourtant au centre du problème… On pense individuel, financier, ou comment économiser le plus d’argent en en gagnant un maximum. Du profit, de la rentabilité en somme. La Commission baleinière elle même est déchirée entre l’impératif de protection des cétacés et un retour potentiel à la pêche commerciale.
Je demande ensuite si cette pêche rapporte beaucoup à l’Etat japonais. « Non, non, pas vraiment » me répond on. Pas vraiment ? Mais que dire de tous ces rapports qui montrent que les Autorités engrangent des sommes faramineuses grâce à cette pêche soit disant scientifique ?
Dernier coup de couteau qui achève mon optimisme : » je mange des sashimis de baleine une fois par semaine » me lance l’un de mes camarades étudiants. Mais pourquoi continue-t-on de manger de la chaire de baleine au Japon ? « Parce que c’est la tradition ». Naît alors en moi le sentiment que sous couvert de respecter la tradition, certains pensent leur action légitime : exciser des gamines, exploser les oreilles d’un stade entier à grands renforts de vuvuzelas et … vider la Mer de sa vie. Ne faut-il pas parfois sortir de cet ethnocentrisme déplacé et s’intégrer à un système-monde qui n’a plus rien à voir avec celui que connaissaient nos aïeux ?
Camille Cordonnier

