Interdit depuis décembre 2005, suite notamment à une action juridique menée par Greenpeace, le transport de déchets radioactifs a repris ce matin, lorsqu’un train contenant des déchets nucléaires a quitté la Hollande en direction de l’usine de retraitement Areva de la Hague (Manche). Bloqué à quatre reprises par des militants de Greenpeace, le convoi a déjà passé la frontière belge et vient donc d’entrer en France.
Cet évènement, qui intervient moins de trois mois seulement après la catastrophe de Fukushima, vient contraster la belle image du nucléaire que véhicule actuellement la réunion internationale rassemblant à Paris près d’une trentaine de ministres, venus débattre sur la « sûreté nucléaire », et visiter le Commissariat à l’énergie atomique de Saclay. En effet, ce convoi de déchets radioactifs va traverser des zones très peuplées comme Lille et Paris, tout cela dans le plus grand secret. Si cela pose d’abord un problème au niveau des risques encourus par les populations locales, on peut également se demander si notre pays va dans la bonne direction en matière de politique énergétique. Car au moment où l’Allemagne choisit de s’engager dans un système énergétique moderne, résolument tourné vers l’avenir, la France, elle, collecte les déchets des autres pays européens.
Le gouvernement a d’ailleurs du faire des pieds et des mains pour pouvoir permettre la réalisation de ce transport. En 2006, le Parlement français a tenté une légalisation de ces importations en essayant d’adapter la loi sur les déchets nucléaires. Récemment, un accord Franco-Hollandais a été signé pour rendre ces transports de déchets radioactifs conformes à cette loi, et moins de six ans après leur interdiction, ces derniers ont pu reprendre.
« Ces transports sont le symbole de l’attitude française sur le nucléaire : peu importe les lois, les risques, les réalités économiques, l’avis de la population, l’atome de France doit briller », explique Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire pour Greenpeace. « Fukushima n’a rien changé, l’arrogance française sur le nucléaire s’est même accrue. En s’entêtant dans ce choix du siècle dernier, nos gouvernants font prendre un énorme retard à la politique énergétique de notre pays ».
Julien Revest.

