Southwark, 8AM, un matin clair d’Octobre. Chaque minute, un des nombreux « Black cabs » londoniens arrive à Uptown Oil, une station-service située dans le sud de Londres. Certains chauffeurs baillent, d’autres engagent une brève conversation avec le pompiste, avant de payer et de s’élancer sur la route à la recherche des premiers clients de la journée. Une scène similaire à tant d’autres dans la capitale britannique. Sauf qu’ici, chez Uptown Oil, le carburant qui est utilisé a déjà servi une fois. Comme gras de cuisson, dans les restaurants du coin…
Du fish and Chip aux moteurs de voitures
Uptown Oil récupère en effet des matières graisseuses qui ont servi à cuire de nombreux plats différents, du simple fish and chips jusqu’au full english breakfast, afin de les transformer en carburant. Fondée par Nigel Jewison (qui possédait avant sa propre entreprise dans la restauration), John Upton and Jason Askey-Wood, Uptown Oil est une des deux uniques entreprises de la ville à s’être lancée dans cette activité, activité que les fondateurs estiment être un bon moyen de s’attaquer aux problèmes environnementaux locaux, tout en utilisant les ressources à disposition et en restant rentable financièrement. Il faut dire que l’entreprise produit entre 25 000 et 30 000 litres de biocarburant chaque semaine, à partir des huiles de cuisson récupérées dans des bars et restaurants alentours. L’entreprise Uptown Oil achète ses matières premières entre 25 et 50 centimes le litre (dépendant de la qualité de l’huile). Le carburant produit est alors bien plus « propre » qu’un carburant classique, et celui-ci rejette 80% moins d’émissions de CO2 qu’un diesel classique.
Il faut aussi préciser que les restes non utilisés lors du processus de fabrication servent non seulement à produire du savon, mais aussi des matières plastiques (en collaboration avec l’entreprise Greener World). Mais l’activité d’Uptown Oil ne s’arrête pas là ! En effet, 25% de l’électricité et 20% du chauffage du nouveau siège social londonien de Pricewaterhouse Coopers, proviendra des mêmes matières qui terminent dans les réservoirs à essence des centaines de clients fidèles de la station-service.
Un marché peu stable
Si la formule est efficace, nombreux sont ceux qui se demandent pourquoi seulement deux entreprises sont présentes sur ce marché. Des coûts d’investissement très lourds et une réglementation très rigoureuse sont les plus gros obstacles à la formation de nouvelles entreprises de retraitement des huiles de cuisson. Un autre problème : seul les diesels peuvent utiliser ce genre de biocarburant, dont beaucoup avec certaines restrictions. Les taxes appliquées sur ces biocarburants sont également de plus en plus élevées. Certes, le prix au litre est encore de 20 centimes inférieur aux carburants classiques, mais cet écart va rapidement se réduire au cours des années qui viennent. Le marché est donc relativement peu stable et les dirigeants d’Uptown Oil avouent ne pas savoir quelle sera la situation d’ici cinq ans.
Recycler les huiles de cuisson, réduire la pollution
Le Royaume-Uni fait parti de ces pays (avec la Chine notamment) qui font face à un réel problème quand il s’agit de se débarrasser des huiles de cuisson usagées. Chaque année, le secteur de la restauration utilise entre 50 et 90 millions de litres d’huile. Si l’on ajoute à cela les données des ménages, le chiffre est encore plus conséquent. Malgré le vote d’une loi en 2004, obligeant les entreprises du secteur à prendre leurs responsabilités en ce qui concerne ces déchets graisseux, encore trop de liquide finit dans les égouts, causant inondations et infestations de rats. Selon Thames Water (qui s’occupe de la distribution de l’eau, mais aussi du traitement des eaux usées à Londres), nettoyer les égouts de la graisse qui y a été rejetée coûte chaque année près de 12 millions de livres (13,5 millions d’euros). La ville de Londres est déjà confrontée à plusieurs problèmes (qualité de l’air, taux d’émissions de CO2, …) et il devient nécessaire, alors que la date d’ouverture des JO de 2012 approche, de trouver des solutions concrètes en matière de retraitement des déchets.
Les biocarburants représentent une très petite portion de l’énergie britannique (3,1% en 2010). Les biocarburants créés à partir de graisses de cuisson provenant du secteur de la restauration comptent pour un tiers de tous les différents carburants sur le marché. Mais seulement 1100 taxis londonien (sur près de 21 000…) utilise plus ou moins régulièrement ce type de carburant. Cependant, si l’environnement (légal et financier surtout) rend le développement de cette activité compliquée, les solutions, elles, sont bien présentes et l’huile de cuisson a probablement de beaux jours devant elle !
Julien Revest





