Archive for the ‘Découvertes’ Category

La seconde vie des huiles de cuisson

Dimanche, octobre 16th, 2011

Southwark, 8AM, un matin clair d’Octobre. Chaque minute, un des nombreux « Black cabs » londoniens arrive à Uptown Oil, une station-service située dans le sud de Londres. Certains chauffeurs baillent, d’autres engagent une brève conversation avec le pompiste, avant de payer et de s’élancer sur la route à la recherche des premiers clients de la journée. Une scène similaire à tant d’autres dans la capitale britannique. Sauf qu’ici, chez Uptown Oil, le carburant qui est utilisé a déjà servi une fois. Comme gras de cuisson, dans les restaurants du coin…

Du fish and Chip aux moteurs de voitures

Uptown Oil récupère en effet des matières graisseuses qui ont servi à cuire de nombreux plats différents, du simple fish and chips jusqu’au full english breakfast, afin de les transformer en carburant. Fondée par Nigel Jewison (qui possédait avant sa propre entreprise dans la restauration), John Upton and Jason Askey-Wood, Uptown Oil est une des deux uniques entreprises de la ville à s’être lancée dans cette activité, activité que les fondateurs estiment être un bon moyen de s’attaquer aux problèmes environnementaux locaux, tout en utilisant les ressources à disposition et en restant rentable financièrement. Il faut dire que l’entreprise produit entre 25 000 et 30 000 litres de biocarburant chaque semaine, à partir des huiles de cuisson récupérées dans des bars et restaurants alentours. L’entreprise Uptown Oil achète ses matières premières entre 25 et 50 centimes le litre (dépendant de la qualité de l’huile). Le carburant produit est alors bien plus « propre » qu’un carburant classique, et celui-ci rejette 80% moins d’émissions de CO2 qu’un diesel classique.

Il faut aussi préciser que les restes non utilisés lors du processus de fabrication servent non seulement à produire du savon, mais aussi des matières plastiques (en collaboration avec l’entreprise Greener World). Mais l’activité d’Uptown Oil ne s’arrête pas là ! En effet, 25% de l’électricité et 20% du chauffage du nouveau siège social londonien de Pricewaterhouse Coopers, proviendra des mêmes matières qui terminent dans les réservoirs à essence des centaines de clients fidèles de la station-service.

Un marché peu stable

Si la formule est efficace, nombreux sont ceux qui se demandent pourquoi seulement deux entreprises sont présentes sur ce marché. Des coûts d’investissement très lourds et une réglementation très rigoureuse sont les plus gros obstacles à la formation de nouvelles entreprises de retraitement des huiles de cuisson. Un autre problème : seul les diesels peuvent utiliser ce genre de biocarburant, dont beaucoup avec certaines restrictions. Les taxes appliquées sur ces biocarburants sont également de plus en plus élevées. Certes, le prix au litre est encore de 20 centimes inférieur aux carburants classiques, mais cet écart va rapidement se réduire au cours des années qui viennent. Le marché est donc relativement peu stable et les dirigeants d’Uptown Oil avouent ne pas savoir quelle sera la situation d’ici cinq ans.

Recycler les huiles de cuisson, réduire la pollution

Le Royaume-Uni fait parti de ces pays (avec la Chine notamment) qui font face à un réel problème quand il s’agit de se débarrasser des huiles de cuisson usagées. Chaque année, le secteur de la restauration utilise entre 50 et 90 millions de litres d’huile. Si l’on ajoute à cela les données des ménages, le chiffre est encore plus conséquent. Malgré le vote d’une loi en 2004, obligeant les entreprises du secteur à prendre leurs responsabilités en ce qui concerne ces déchets graisseux, encore trop de liquide finit dans les égouts, causant inondations et infestations de rats. Selon Thames Water (qui s’occupe de la distribution de l’eau, mais aussi du traitement des eaux usées à Londres), nettoyer les égouts de la graisse qui y a été rejetée coûte chaque année près de 12 millions de livres (13,5 millions d’euros). La ville de Londres est déjà confrontée à plusieurs problèmes (qualité de l’air, taux d’émissions de CO2, …) et il devient nécessaire, alors que la date d’ouverture des JO de 2012 approche, de trouver des solutions concrètes en matière de retraitement des déchets.

Les biocarburants représentent une très petite portion de l’énergie britannique (3,1% en 2010). Les biocarburants créés à partir de graisses de cuisson provenant du secteur de la restauration comptent pour un tiers de tous les différents carburants sur le marché. Mais seulement 1100 taxis londonien (sur près de 21 000…) utilise plus ou moins régulièrement ce type de carburant. Cependant, si l’environnement (légal et financier surtout) rend le développement de cette activité compliquée, les solutions, elles, sont bien présentes et l’huile de cuisson a probablement de beaux jours devant elle !

Julien Revest

Voyage au centre de la Terre

Lundi, août 22nd, 2011

Le topo est simple : notre développement a engendré environ 250 000 tonnes de déchets radioactifs dans le monde. Cette énergie miracle, ce feu que l’on ne sait éteindre pose donc clairement le problème du traitement de ses ordures… C’est alors que des scientifiques finlandais ont eu une idée révolutionnaire : les enfouir au fond d’un sanctuaire situé en Finlande.

Into eternity, documentaire aux faux airs de film de sci-fi, présente donc ce projet ambitieux, censé apporter une solution à la poubelle du nucléaire. Le réalisateur, Michael Madsen, y dresse donc le portrait d’Onkalo, cette cachette à déchets nucléaires dont la construction a commencé dans les années 70 et ne s’achèvera que d’ici deux siècles environ. Se faisant, le réalisateur livre un film pédagogico-philosophique, censé résister aux affres du temps et s’adresser aux lointains descendants de l’espèce humaine – si tant est qu’il en existe alors encore. Sur l’affiche du documentaire, il est d’ailleurs écrit « un film pour le futur ». Mais ce documentaire a un intérêt actuel : nous questionner sur notre rapport au temps, nos connaissances, notre capacité à anticiper et à accepter l’incertitude…

Car voilà, Onkalo la cachette est prévue pour résister 100 000 ans -soit le temps nécessaire pour rendre inoffensifs les déchets stockés- sans intrusion quelle qu’elle soit. D’où l’intérêt d’avertir cette civilisation future dont nous ne savons rien, pas même si elle existera réellement, sur la dangerosité d’ouvrir cette boîte de Pandore moderne.

Un long tunnel…

Onkalo se composera d’un tunnel long de 5 kilomètres, s’enfonçant à près de 500 mètres de profondeur dans le sol finlandais.

The schematic of the high-active radioactive waste which is being built at Olkiluoto, Finland. Shows the situation on 28 March 2008

Selon les scientifiques finlandais qui travaillent sur le projet, c’est la seule manière de rendre Onkalo viable. En effet, le sous-sol de notre planète reste l’environnement le plus stable en comparaison à sa surface qui a été ébranlée de multiples fois par des évènements climatiques, deux guerres mondiales, des attentats terroristes, ou tout simplement les cycles naturels.

Une expérience qui dépasse l’entendement

L’échelle temporelle prise en compte va au-delà de tout ce que nous connaissons ou pouvons imaginer. En effet, la durée de vie des plus vieilles réalisations humaines connues ne représente qu’un dixième de celle théoriquement prévue pour Onkalo.

De plus, les scientifiques pointent du doigt le fait que cette période de 100 000 ans comprendra une ère glaciaire qui détruira la faune et la flore que nous connaissons. Et c’est là qu’il apparaît que l’expérience n’est pas qu’une histoire de scientifiques désireux d’enfouir leur passé nucléaire, mais aussi une incroyable aventure philosophique dont les multiples scénarios font penser à tant de romans d’anticipation. Car comment savoir quelle sera la réaction de cette potentielle civilisation susceptible de s’introduire dans Onkalo ? Nous ne pouvons rien savoir de son degré de développement, de la langue qu’elle utilisera pour communiquer, de son capital technologique, ni de la connaissance qu’elle aura.

« Remember always to forget »

Pour les scientifiques, cette civilisation serait donc la principale menace à la sécurité du sanctuaire. Tous s’accordent sur la possibilité d’un désir de pénétrer le tunnel, croyant y trouver un trésor caché – comme ce fut le cas concernant les pyramides égyptiennes. Si la possibilité d’une intrusion est grande pour les scientifiques, la raison qui y aura poussé reste la grande inconnue.

Deux écoles de pensées s’affrontent alors concernant la gestion de cette éventualité : ceux qui pensent qu’il faut marquer le site pour expliquer sa dangerosité, et ainsi faire exister cette prescription contre la menace en l’érigeant en légende. On réfléchit donc à des pictogrammes, des façons de repousser l’intrus, et de tenter de lui faire comprendre que ce qu’Onkalo renferme, il ne faut pas s’en approcher. Les chercheurs veulent donc s’inspirer du célèbre tableau d’Edvard Munch, Le Cri, qui est selon eux universel. Certains pensent également à recouvrir le sol d’un paysage d’épines, symbole de danger et de désolation. Mais les choses gardent-elles le même sens au fil des ans ?

D’autres pensent au contraire qu’il faudrait livrer le site à l’oubli, la meilleure façon selon eux d’éviter toute intrusion. Car un danger, même marqué peut rester attrayant, et même ce qui est dangereux peut avoir une certaine valeur.

Into Eternity mêle le scientifique au philosophique et montre les limites de notre civilisation. Peut-on calculer si loin dans le temps ? Onkalo sera-t-elle une véritable cachette, ou alors est- elle au contraire une bombe à retardement ?

Onkalo, trailer

Camille Cordonnier

Article illustré #1: Le paradoxe climatique

Mardi, février 15th, 2011

*Vous appelez ça un réchauffement climatique, vous?

L’Europe a vécu cette année un hiver très rude. D’abondantes chutes de neige ont paralysé de nombreux aéroports et ont également fortement perturbé les réseaux ferroviaires. Les températures moyennes affichées par nos thermomètres étaient aussi particulièrement basses. De telles conditions climatiques ont suscité de nombreuses interrogations au sein de la population, qui s’étonne de cet hiver rigoureux alors que l’on ne cesse de lui parler de « réchauffement » climatique. Tony Juniper, journaliste et écologiste britannique a pu constater ce scepticisme lorsqu’il a reçu un appel d’une femme habitant le nord de l’Angleterre (alors recouvert par la neige), qui le qualifiait de charlatan en raison de ses discours sur le réchauffement global de la planète.
Alors pourquoi avons-nous subi un tel hiver, quand on nous parle d’une augmentation de la température moyenne de la planète ?

La notion de réchauffement climatique fait référence à une augmentation mondiale des températures moyennes des océans et de l’atmosphère. Ce phénomène est la conséquence de plusieurs éléments, le plus important étant l’effet de serre, qui est à l’origine un phénomène naturel et qui a été amplifié par l’activité de l’homme. Les conséquences du réchauffement climatique sont nombreuses : en plus de l’évolution de températures, on constate une augmentation du nombre de catastrophes naturelles, la fonte des glaciers et l’élévation du niveau de la mer qui en découle, la mise en danger de la biodiversité…

Mais le réchauffement climatique pourrait également être à l’origine d’hivers plus rudes dans les continents du Nord (Europe et Asie notamment). En effet, la fonte de la mer de glace dans l’Arctique entraine un réchauffement des couches inférieures de l’air. Ce réchauffement entrainerait des anomalies dans les courants atmosphériques et apporterait le froid polaire dans les latitudes plus chaudes, ce qui provoquerait alors un refroidissement global des températures dans les continents de l’hémisphère Nord. En clair, les écarts de températures seraient désormais plus importants, avec des étés plus chauds et plus humides, et des hivers plus froids et plus secs.

Au final, l’hiver très froid que l’Europe a subi cette année n’entre absolument pas en conflit avec la notion de réchauffement climatique, mais vient plutôt la compléter: c’est finalement une de ses nombreuses conséquences.

Dessin: Edouard Salmon
Texte: Julien Revest

Et demain, des mobiles plus… débranchés ?

Dimanche, octobre 17th, 2010

Concilier design minimaliste et autonomie n’est pas simple pour les fabricants de téléphones mobiles. Difficile en effet d’intégrer des cellules photovoltaïques au dos d’un Smartphone, sans toucher à son « sacro-saint » design épuré.

Les problématiques liées à l’autonomie des mobiles et autres Smartphones sont pourtant prépondérantes sur le marché de la téléphonie mobile. En effet, le nombre croissant d’applications disponibles et les performances toujours plus élevées des téléphones nouvelle génération entrainent une augmentation de leur consommation énergétique. Les principaux fabricants de téléphones tentent de contourner ce problème en réduisant notamment la consommation des microprocesseurs ou bien de l’écran du mobile. Une autre possibilité : augmenter la taille de la batterie. Mais cette dernière option n’est pas sans conséquence pour l’environnement…

C’est donc sur cette problématique qu’a planché WYSIPS (What you see is photovoltaïc surface), une petite entreprise française des Bouches-du-Rhône. Leur objectif ? Intégrer au sein de l’écran lui-même des cellules photovoltaïques. Cette technologie aurait le grand avantage de ne pas toucher au design du téléphone (grâce à une implantation invisible à l’intérieur de l’écran), mais elle permettrait également à ce dernier de bénéficier d’une source d’énergie supplémentaire grâce au photovoltaïque. Les premiers prototypes ont permis d’évaluer les performances de cette nouvelle technologie et son degré de faisabilité. Résultats : pour une heure d’exposition de l’écran au soleil, le téléphone gagnera une demi-heure d’autonomie supplémentaire. Il faut savoir que cela fonctionne également avec la lumière artificielle (d’où la possibilité de bénéficier de cette rallonge énergétique à l’intérieur et par tous les temps !). Cette innovation permettra donc dans un premier temps un gain d’autonomie grâce à l’énergie photovoltaïque, mais les employés de WYSIPS ne comptent pas s’arrêter là ! D’ici 3 ans, on pourrait même imaginer un téléphone qui n’aurait pas besoin d’être rechargé car complétement autonome énergétiquement. En attendant, il faut que je vous laisse, ma batterie va bientôt me lâcher…

Plus d’informations sur leur site : http://www.sunpartner.fr/html/page2.php

Julien Revest

Antennes relais : la parade pour mieux nous faire avaler la pilule ?

Jeudi, avril 22nd, 2010

Depuis plusieurs années poussent des végétaux pas communs dans le paysage urbain et péri-urbain. Ce sont des arbres tout ce qu’il y a de plus synthétiques : tout de fer vêtus, entourés de barbelés… Et pour cause, ce sont des antennes relais !

Les opérateurs de téléphonie mobiles seraient-ils prêts à tout pour faire accepter les antennes-relais? Leur dernière trouvaille : les camoufler en les faisant passer pour… des arbres! Ce phénomène est tout récent en Europe mais a déjà fleuri depuis de nombreuses années aux Etats-Unis. C’est en effet moins laid qu’une antenne lambda, mais pas sûr que l’on réussisse à tromper les citoyens. Ces antennes font majoritairement débat, non pas du fait de leur esthétisme limité, mais surtout à cause du risque qu’elles représenteraient à long terme pour la santé. En effet, certains experts et associations de consommateurs tentent d’alerter les autorités sur la dangerosité de leur champ électromagnétique, et ce depuis plusieurs années. Alors, s’y trompera, s’y trompera pas ?

Camille Cordonnier