15fév/120

Les « géopolitiques du pétrole » de Philippe Sébille-Lopez

février 15th, 2012

L’importance du pétrole au niveau global ne semble plus à démontrer. Pourtant, cette question ne se borne pas seulement à des réflexions d’ordre économique. C’est dans l’optique de décrypter les enjeux, voire les « jeux » relatif à la production et à la consommation du brut que Philippe Sébille-Lopez, consultant en Relations Internationales a rédigé Géopolitiques du pétrole.

La prégnance de « l’or noir »

Que l’on parle de son impact sur l’environnement ou de la flambée régulière des cours du baril de brut, il apparaît clairement la prégnance de « l’Or Noir », sur les économies de nombreux pays. Et ce qualification relative au pétrole vient mettre en lumière le problème principal : la rareté du brut dont le corollaire est un coût élevé. L’omniprésence des questions relatives au brut reflète l’extrême dépendance de nos économies vis-à-vis du pétrole puisque nos habitudes quotidiennes sont dépendantes de ce dernier (prendre sa voiture, remplir sa chaudière de fioul…).

Considérations stratégiques et géopolitiques, voire même militaires

Mais au-delà de ces questions purement économiques, l’auteur de Géopolitiques du pétrole vient nous montrer que viennent se greffer des considérations stratégiques et géopolitiques, voire même militaires. Car si le pétrole est une énergie précieuse, c’est aussi est avant tout une arme politique, comme l’illustrent les deux embargos décrétés par l’OPEP en 1973 et 1979.

La consommation mondiale de pétrole ne cesse d’augmenter, mais la réalité énergétique vient quant à elle nous rattraper. Il est en effet avéré que la majeure partie des gisements de brut existants est déclinante, c’est-à-dire qu’à terme, il y aura pénurie. D’ici 2015, nous aurons atteint le fameux « peak oil », autrement dit il y aura une baisse conséquente des capacités de production. Un maillage mondialisé s’est donc mis en place, reflétant la nécessité pour chaque pays consommateur de pétrole, (notamment les États-Unis ou la Chine, principaux consommateurs de brut) d’assurer la sécurité de leurs approvisionnements et des voies de transit des tankers, ou de déployer des investissements et contrats pour l’exploration.

Pétrole et mondialisation

Le titre de l’ouvrage évoque bien la prégnance de la mondialisation sur les questions relatives au pétrole, puisqu’il évoque de « géopolitiques ». Ce pluriel vient mettre en lumière le fait que plusieurs stratégies sont poursuivies par différents États, et ce dans le but de pérenniser des accords afin de sécuriser leur approvisionnement en pétrole. Il parle de géopolitiques, puisque l’on peut en déceler à différents niveaux : régional, national, mondial; et dont l’objet central reste, comme le titre l’indique, le pétrole. Mais ce n’est pas tout, ces géopolitiques peuvent être conventionnelles ou non, comme dans le cas des États-Unis qui n’hésitent pas à pactiser avec des régimes qui connaissent la corruption.

La question des États-Unis

Cet ouvrage évoque donc la question des États-Unis, qui est un des acteurs principaux dans les géopolitiques du pétrole. Car en effet, dans ce contexte de productions déclinante, voire à long terme de pénurie, il n’est pas étonnant de voir le plus gros consommateur mondial de brut (25% de la consommation mondiale) diriger ses actions en vue de pérenniser et sécuriser ses approvisionnements, mais aussi tenter de trouver de nouveaux accords avec des pays producteurs. Une véritable « stratégie pétrolière » a donc été poursuivie par l’administration Bush dès 2001, date à laquelle a débuté le premier mandat de Bush fils. Mais les géopolitiques du pétrole concernent aussi le Moyen-Orient, l’un des plus grands mais aussi plus anciens producteur de pétrole.

Les puissances émergentes comme la Russie, l’Inde et la Chine ne sont pas en reste, le dernier tendant à prendre la place des États-Unis en tant que plus gros consommateur mondial de brut, du fait de sa croissance qui paraît sans limite. Il est clair que les enjeux liés au pétrole sont considérables et dessinent une carte mondiale complexe.

Dans cet ouvrage abouti, Philippe Sébille se pose de nombreuses questions sur l’or noir, explique comment il structure les positions et actions politico-militaro-stratégiques des pays directement ou indirectement liés à la production et à la consommation de pétrole.

Camille Cordonnier

20jan/120

Oléoduc Keystone : Obama dit non

janvier 20th, 2012

This map shows the extent of the oil sands in Alberta, Canada. The three oil sand deposits are known as the Athabasca Oil Sands, the Cold Lake Oil Sands, and the Peace River Oil Sands.

Barack Obama a rejeté le projet de construction de l’oléoduc keystone, mercredi 18 janvier.

Pressé par les Républicains de faire connaître sa décision concernant le projet d’oléoduc keystone XL, Barack Obama vient de trancher. Et la réponse donnée par son administration est claire : le projet ne verra pas le jour.

Un projet controversé

Cet ambitieux projet permettrait de relier les sables bitumineux du Canada au sud des Etats-Unis. L’oléoduc devait courir sur 2 700 kilomètres entre la région de l’Alberta (Canada) et le golfe du Mexique, pour un coût de 7 milliards de dollars. Selon Transcanada, l’initiateur du projet, keystone XL devait créer 20 000 emplois aux Etats-Unis et injecter près de 20 milliards de dollars dans l’économie américaine.

Mais le projet était largement controversé, en raison de la pollution induite par l’extraction des sables bitumineux. En effet, un rapport officiel publié en octobre 2011 fait état de pollutions des eaux souterraines et superficielles, de pluies acides et de pollutions atmosphériques, dues à cette extraction.

Les Républicains en profitent pour tâcler Obama sur l’emploi

La critique des Républicains ne s’est pas faite attendre. Pour beaucoup, il s’agit d’un aveux de faiblesse du Président américain. Lors d’une conférence de presse, John Boehner, le président républicain de la chambre des représentants a annoncé que « cette bataille ne va pas se terminer ainsi, vous pouvez compter sur nous ». Il a également critiqué les promesses du Président en matière d’emplois : « Le peuple américain continue de poser la même question : où sont les emplois ? Le président avait la possibilité de créer 20 000 emplois directs et plus de 100 000 emplois indirects, mais il a dit non. Nous n’allons pas baisser les bras ».

Les ONG environnementales se réjouissent quant à elles de la décision du Président américain.

Camille Cordonnier

19jan/120

Nucléaire : l’engagement mou de François Hollande

janvier 19th, 2012

François Hollande sept 2011 wikipedia

Le candidat socialiste à l’élection Présidentielle revoit ses engagements écolos à la baisse.

Alors que l’accord signé entre le Parti Socialiste et EELV prévoyait la fermeture de 24 des 58 réacteurs nucléaires français d’ici à 2050, François Hollande a expliqué qu’il ne fermerait que la centrale de Fessenheim. Il l’a d’ailleurs énoncé dans une tribune publiée fin novembre par le Monde. Une décision qui s’explique par la volonté du candidat socialiste de n’appliquer que les « mesures essentielles » de l’accord. Il avait d’ailleurs répété lors d’un échange sur BFM TV, qu’il n’est pas « un partisan de la sortie du nucléaire ».

[voir vidéo à 19min38]

Le porte-parole de François Hollande, Bernard Cazeneuve, a cependant expliqué que le candidat socialiste prévoyait de demander à la filière nucléaire de consacrer davantage de fonds au développement des énergies renouvelables.

Le précédent MOX

Une micro secousse concernant l’accord avait déjà agité les relations entre le PS et EELV. Elle concernait le MOX, un combustible utilisé dans l’industrie nucléaire. Comme Ecoblogique vous l’avait expliqué, cela avait provoqué un tollé parmi les écologistes, et la colère d’Eva Joly.

relations de « courtoisie »

Malgré cette décision, François Hollande et Eva Joly affichent de bonnes relations. Jeudi 19 janvier au matin, les candidats EELV et PS se sont d’ailleurs croisés sur le quai de la gare de Nantes et ont échangé quelques mots. François Hollande a évoqué des relations de « courtoisie » avec la candidate écologiste, expliquant qu’il espérait son soutien pour le second tour.

Camille Cordonnier

13jan/120

Bonnes résolutions : 14 gestes simples pour sauver la planète

janvier 13th, 2012

centrale thermique de Porcheville, France

Une étude internationale publiée vendredi 13 janvier dans la revue Science explique que le réchauffement climatique pourrait être ralenti grâce à 14 mesures simples, techniquement et financièrement peu coûteuses. Analyse.

L’étude publiée dans la revue scientifique Science préconise de limiter les émissions de deux produits issus des activités humaines : le méthane (CH4) et les suies. Le premier est largement dû à l’élevage intensif, et le second provient des pays émergents (Chine, Inde) où l’industrie est importante et roule au charbon.

Réchauffement climatique et santé publique

Le but de ces préconisations est d’avoir un double impact sur le monde de demain : garantir la santé publique en améliorant la qualité de l’air, et ralentir le réchauffement climatique.

Si le modèle proposé par les chercheurs contient initialement 300 mesures, ils n’en ont retenu que 14, soient les plus efficaces en termes d’impact positif. Les chercheurs recommandent par exemple le développement de systèmes de récupération du méthane dans les mines de charbon, l’utilisation de filtres à particules sur les véhicules diesel ou encore l’arrêt de la culture sur brûlis.

Entre 700 000 et 4,7 millions de vies seraient sauvées

Et les résultats potentiels donnés par les chercheurs sont impressionnants. En effet, si ces 14 mesures étaient mises en place, elles permettraient de sauver de 700 000 à 4,7 millions personnes, notamment en Chine et en Inde. Elles permettraient également de réduire le réchauffement climatique, qui passerait de 1,3°C anticipés à 0,8°C, d’ici à 2020

Un moyen donc de gagner du temps face au phénomène de réchauffement climatique qui reste inéluctable.

Camille Cordonnier

11jan/121

Que pouvons-nous attendre de Rio+20 ?

janvier 11th, 2012


Une dizaine d’objectifs nouveaux pour Rio+20

Certaines informations concernant la conférence des Nations Unies pour le développement durable Rio+20, qui aura lieu du 20 au 22 juin 2012 à Rio de Janeiro au Brésil, ont récemment échappé aux organisateurs. La divulgation de certains éléments du programme de ce sommet très attendu a permis de découvrir une dizaine d’objectifs dont la mise en place devrait permettre de poser les bases d’une nouvelle économie verte à l’échelle mondiale. Ce programme comprend, entre autres, un nouveau projet destiné à protéger les océans, la mise en place d’un rapport annuel faisant un point sur l’état de la planète, et la création d’une agence mondiale pour l’environnement.

Changement de façon de faire

Le premier sommet de la Terre, en 1992, avait rassemblé des leaders comme Fidel Castro, John Major ou encore Georges HW Bush, pour ce qui était à l’époque le plus grand rassemblement politique jamais organisé. Cet été, une dizaine de chefs d’État ainsi que des leaders politiques et des célébrités devraient assister à la conférence, un chiffre sûrement moins important que les 190 chefs d’État présents en 1992. Et si ces chefs d’État avaient alors tous signé des accords environnementaux qui engageaient légalement leur pays, la situation serait différente cette fois. En effet, il n’y aura aucune obligation d’un engagement légal à atteindre tel ou tel objectif. Les Nations Unies demanderont à ce que les États fixent eux-mêmes leurs objectifs, sur une base volontaire, dans une vision de construction d’une nouvelle économie avec pour but la diminution de la pauvreté et de la consommation.

Si le programme de la conférence peut toujours changer d’ici juin, il semble que les pays seront incités à mieux utiliser leurs ressources et réorganiser les subventions concernant les combustibles fossiles, responsables en grande partie du réchauffement climatique.

Consolider le programme environnemental des Nations Unies

Le contenu réel de ces nouveaux objectifs sera décidé par les États avant le sommet à Rio, mais ne sera probablement pas introduit avant 2015. Une certitude toutefois : les domaines prioritaires seront les océans et leur protection, l’alimentation mondiale, la problématique de l’énergie, l’eau et la consommation par exemple. Il est important de noter que la progression des pays sera évaluée individuellement et avec sérieux. Cependant, ces objectifs ne remplacent en aucun cas les objectifs du millénaire pour le développement, mais on s’attend plutôt à ce que les gouvernements consolident le programme environnemental des Nations Unies (basé à Nairobi). En effet, ce dernier ne semble aujourd’hui pas assez solide pour s’attaquer aux menaces du changement climatique.

Réactions mitigées

Ces vingt dernières années, on a pu constater une baisse globale de la pauvreté dans le monde, et une généralisation des technologies de l’information. Mais les objectifs environnementaux n’ont pas été atteints pour la plupart, et 1,4 milliard d’êtres humains vivent encore dans une extrême pauvreté. En parallèle, le Brésil veut mettre en place une conférence pour les ONG et individus, afin de débattre et faire pression sur les gouvernements et les pousser à agir.

L’ébauche du programme du sommet de Rio+20 et les informations qui ont été récupérées suscitent des réactions mitigées, dont voici quelques exemples.

Ruth Davis, Chief Policy Adviser pour Greenpeace UK : « This Rio summit comes after two decades of delays and broken promises on sustainable development which has left millions in poverty and pushed ecosystems to the brink of collapse. Whilst this draft text covers the key issues, it also demonstrates a dismal lack of urgency in tackling them. Goals to end destruction of ancient forests, tackle over-fishing, phase out dirty energy subsidies, and deliver access to clean energy for the poor are either open-ended or pushed back for years. There are certainly important and useful proposals here – not least, the plan to negotiate a new agreement on protecting oceans – which could see an end to the wild-west plundering of the high seas. But for Rio to be more than an elite talking shop, world leaders need to inject some ambition into the negotiation, right now. A vague commitment to act at some point in the future will no longer cut it with the millions of people who have become rightly cynical about voluntary pledges and empty words. »

Stephen Hale, Campaigns Director pour Oxfham: « This will kick-start the Rio negotiations. The Brazilian government deserves credit for a promising first draft. The world’s governments need to respond with ambitious and concrete proposals, particularly on sustainable agriculture and food security where there is far more that the Rio summit can and must agree. »

Julien Revest