La France posséderait des réserves de gaz de schiste parmi les plus importantes d’Europe. Un potentiel énergétique dormant, puisque la France a interdit depuis 2011 la fracturation hydraulique, seul procédé permettant d’extraire le précieux gaz. Alors que le pays doit faire face au défi énergétique, le gaz de schiste est-il vraiment l’eldorado économique que certains présentent ?
Grand ennemi des écolos – du fait de la pollution des sols engendrée par la technique de la fracturation hydraulique (injection de grandes quantités d’eau et de centaines de produits chimiques) – mais présenté comme miracle économique par d’autres, l’extraction du gaz de schiste s’est développée dans de nombreux pays comme la Pologne, l’Ukraine, la Grande-Bretagne ou encore les Etats-Unis. Son potentiel économique et énergétique n’est pourtant plus à prouver pour ses défenseurs.
L’expérience américaine comme exemple de réussite ?
Comme l’a expliqué le 3 février dernier, Carlos Pascual, le délégué spécial américain aux affaires énergétique, lors de la dernière conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, « la révolution interne de l’énergie aux Etats-Unis et l’augmentation radicale de la production de pétrole et de gaz a fait que la production de gaz a augmenté de 25%, tandis que la dépendance vis-à-vis des importations de pétrole baissait de 60% à 40%, et devrait même tomber à 30% », soulignant ainsi les réussites économiques liées à cette énergie.
Le gaz de schiste aurait donc plusieurs vertus : renforcer l’indépendance énergétique des pays producteurs, tout en apportant retombées économiques. Aux Etats-Unis, Le gaz de schiste représente près du tiers de la production gazière du pays. Une énergie présente en abondance est très peu chère, permettant de réduire le coût des dépenses énergétiques dans le pays. Une solution miracle qui apparaîtrait presque sans contreparties.
En France, des sous-sols riches en gaz de schiste
Selon le Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGIET) et le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), les sous-sols de la France recèlent quelque 5 000 milliards de mètres cubes de gaz de schiste, faisant de l’Hexagone le deuxième pays européens en termes de réserves.

Réserves européennes de gaz de schiste
En termes de production, le pays pourrait ainsi produire près de 20 milliards de mètres cubes chaque année. Un potentiel énergétique non négligeable, à l’échelle du pays.
La question de la transition énergétique dans l’Hexagone
Le gaz de schiste, peu cher, serait également une réponse à la question de la transition énergétique. En effet, parmi les projets du président François Hollande, figure l’objectif de réduction de la part du nucléaire de 75% à 50 % d’ici 2025.
Pour compenser cette réduction, l’utilisation d’une énergie peu onéreuse serait ainsi un avantage économique pour la France. Le débat sur la transition énergétique a été ouvert par le gouvernement et devrait se tenir jusqu’à la mi 2013. De plus, l’utilisation du gaz de schiste permettrait de réduire la facture gazière du pays qui ne cesse d’augmenter.
A titre d’exemple, la facture des importations de gaz et de pétrole a atteint près de 61 milliards d’euros en 2011. Les dernières études montrent que la France possède l’équivalent de 90 ans de consommation de gaz dans son sous-sol, une véritable petite mine d’or énergétique.
Il convient cependant de contrebalancer le potentiel du gaz de schiste, puisque selon le rapport du Centre de recherche commun (JRC, l’une des directions générales de la Commission européenne), l’exploitation des gaz non-conventionnels, dont le gaz de schiste, ne permettrait pas à l’Europe d’atteindre l’indépendance en ce qui concerne le gaz naturel.
Un secteur créateur d’emplois ?
Une fois de plus, il convient de se tourner vers les Etats-Unis pour voir la contribution du gaz de schiste en termes d’emplois. En 2010, ce secteur a permis d’y créer 600 000 emplois directs et indirects. Même si en France, ce secteur permettrait de créer des emplois, il s’agirait d’une embellie plus timide.
En effet, bien que dans l’Hexagone, le secteur de l’énergie emploie près de 500 000 personnes, selon la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie Delphine Batho, les retombées du gaz de schiste en termes de création d’emploi n’excèderont pas 2% de ce total. Selon les estimations, la prospection et la production de gaz de schiste ne pourraient permettre de créer que 10 000 emplois et non 100 000 comme plusieurs sources veulent l’affirmer.
Le coût économique des pollutions liées au gaz de schiste
Enfin, il n’est pas possible d’évoquer le gaz de schiste sans parler du coût économique lié à la pollution qu’il pourrait entraîner. Tout d’abord, en termes de réchauffement climatique. En effet, une partie du gaz de schiste contient du méthane, un gaz à effet de serre.
Or, lors de l’extraction du gaz de schiste, ce composé est libéré dans l’atmosphère, accélérant ainsi le réchauffement climatique. Un réchauffement climatique qui cause catastrophes naturelles et changements climatiques, selon les experts du Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Des dommages également chiffrés par le rapport Stern sur l’économie du changement climatique. Ce dernier explique que les effets du réchauffement climatique pourraient entraîner une récession allant jusqu’à 20% du PIB mondial.
De plus, selon une étude menée par des universitaires dans l’Etat du Colorado, aux Etats-Unis et publiée dans le Journal of Geophysical Research, 4% du gaz s’échapperait lors de son extraction, en faisant une énergie produisant plus d’émissions polluantes que le charbon.
Au-delà de la pollution de l’air liée à l’extraction du gaz de schiste, le point qui fait le plus polémique reste la pollution des sols qu’elle pourrait entraîner. En effet, pour extraire ce gaz, une seule technique a pour l’instant été élaborée : le principe de la fracturation hydraulique. Cette dernière consiste à injecter sous très haute pression de grandes quantités d’eau et de produits chimiques (plus de 596 produits chimiques).

Principe de la fracturation hydraulique
Ce « stress mécanique » est interdit en France depuis une loi de 2011, bloquant ainsi toute extraction de gaz de schiste dans l’Hexagone. En effet, il a été reconnu que ce principe pourrait entraîner de sévères dommages sur l’environnement parmi lesquels la pollution des nappes phréatiques, des eaux de surface ainsi que des écosystèmes, comme en attestent plusieurs cas répertoriés aux Etats-Unis.
La fracturation hydraulique représente également une menace pour la sécurité sanitaire des populations. Un coût en termes de dépenses publiques qui pourrait largement contrebalancer les gains économiques engendrés par la production. Mais pour l’heure, aucune autorisation n’a été donnée concernant la fracturation hydraulique.
Malgré les avantages économiques que le gaz de schiste semble avoir en termes de rentabilité, d’indépendance énergétique ou de création d’emplois – avantages économiques largement surévalués par la plupart de ses défenseurs – il est nécessaire de peser tous les coûts économiques qu’il peut générer, en termes de pollutions notamment. Un bilan qui place le gaz de schiste bien loin de l’image d’eldorado économique que veulent en faire ses défenseurs.
Camille Cordonnier



